On prétend que les anges n’ont pas de sexe. Mais moi, je sais ce qu’il en est.feather-314662_1280

Il est arrivé sans un bruit, comme un souffle. Quelque chose m’a fait lever les yeux de mon livre, un pressentiment, peut-être, ou plutôt un son imperceptible, comme une vibration de l’air, et il était là. Je n’ai jamais su par où il était passé. J’étais seule dans la maison, ce matin-là. Seule avec cet inconnu.

Je n’ai pas eu peur. Il me regardait avec intensité, le bleu du ciel découpé dans ses yeux. Il avait un visage délicat de fille, des boucles blondes, un sourire doux, et dans son dos, deux longues ailes blanches repliées.

Le moyen de dire non, à un être comme celui-ci ?

D’ailleurs, je n’ai pas vraiment eu le loisir de réfléchir. Il a posé une main sur mon épaule, il s’est penché sur moi, et il a commencé à parler.

Il m’a dit que j’étais bonne, que j’étais belle, que mes cheveux coulaient comme le miel et que mes yeux ressemblaient aux étoiles du ciel.

J’aurais voulu protester, rétorquer qu’il se moquait de moi, mais sa voix était si grave, et ses mots m’entouraient d’un halo de douceur.

Il s’est penché encore un peu plus. Ses lèvres étaient tout près des miennes quand il m’a murmuré que ma bouche était une grenade, une grenade entrouverte, une grenade éclatée. Il voulait en goûter la saveur.

Je l’ai laissé faire. J’ai fermé les yeux, et sa bouche a ouvert la mienne, comme une caresse à l’intérieur. Le temps d’une minute, il s’est imprimé en moi.

Il m’a parlé, encore. Il m’a dit que mes dents étaient un troupeau de brebis à la laine blanche, et j’allais me mettre à rire, mais j’ai senti que ma tunique venait de glisser de mon épaule, de découvrir mon sein. Il s’est tu pour mieux le contempler. Son silence soudain m’étourdissait. Je l’ai laissé tirer tendrement sur l’autre manche, mettre à nu le deuxième sein, et j’aurais dû faire quelque chose, retrouver ma pudeur, mais ses yeux étaient comme deux morceaux de ciel et je voulais qu’il me regarde.

 Il m’a dit que mes seins étaient des faons jumeaux, couchés contre le flanc de leur mère. Je n’avais plus envie de rire. Il me fallait m’abandonner. Alors, je suis tombée très doucement, entre ses bras, sur le tapis de laine. Il a baisé mon sein gauche, longtemps, si longtemps que j’ai senti mon mamelon se sculpter dans l’empreinte de ses lèvres.

Puis il a baisé mon sein droit, aussi longtemps que l’autre, et ils ont retrouvé leur symétrie.

C’était comme s’il me créait dans chacune de ses caresses.

Ensuite, il est descendu sur mon ventre, et il a repris la parole. C’était là, a-t-il déclaré, les lèvres contre mon nombril, là qu’il voulait boire le lait et le miel.

Que voulait-il dire ? Je ne savais pas, mais je le pressentais. Sa bouche parlait à ma peau, elle me chantait des choses qui m’effrayaient un peu et me faisaient nouvelle. Des frissons me parcouraient, je tremblais légèrement, mais je ne disais rien, je l’écoutais.

Je l’ai laissé me déshabiller totalement. Les tissus tombaient comme d’eux-mêmes. J’aurais voulu garder les jambes fermées, lui cacher ce que j’avais là, mais il m’a ouverte d’un baiser.

Il m’a dit que mon sexe était un fruit béni, et sa bouche s’est posée sur ma chair.

Il m’a dit que j’étais une source de joie, un puits profond, une fontaine délicieuse. Que j’étais un jardin, et qu’il fallait le cultiver.

Puis il a bu entre mes cuisses et ses doigts se sont enfoncés en moi.

Mes soupirs ont fait écho à ses mots, et je suis devenue tout ce qu’il avait dit.

Merveilleuse, mystérieuse. Parfaite, dans son étreinte.

Il a révélé en moi ce que je ne savais pas : j’ai fermé les yeux pour le laisser m’emporter.

J’ai vu des choses inconnues ; des étoiles m’ont traversée, et j’ai entendu la musique des sphères qui tournoient dans la nuit.

Quand un ange vous prête ses ailes, le monde devient nouveau et fabuleux.

Après, il m’a enlacée. Tout contre lui, j’ai caressé ses cheveux. Ils ont glissé comme de la soie entre mes doigts. J’avais envie de pleurer, de sangloter sans raison, mais je ne pouvais pas, parce qu’il me souriait. Il m’a dit que j’avais le même goût que le ciel et la mer, et il a baisé ma bouche pour que je goûte l’écume sur ses lèvres. Je l’ai embrassé encore et encore.

J’aurais voulu que sa bouche ne me quitte jamais.

Il m’a demandé si je voulais m’ouvrir.

Je lui ai dit oui.

Sa tunique a glissé de ses épaules. Il avait la peau pâle, presque translucide, et j’étais si brune, à côté de lui, que j’ai eu honte de ne pas lui ressembler.

Il l’a deviné, bien sûr. Tu es parfaite, il a dit, et j’ai su que c’était vrai.

Quand je l’ai vu nu, j’ai été éblouie.

Si j’étais parfaite, il n’y avait pas de mots pour dire sa beauté. Je n’avais jamais vu d’homme nu, mais je savais d’instinct qu’aucun ne lui ressemblait sur cette terre.

Son sexe était une colonne blanche et rose. Je l’ai effleurée du bout des doigts. Elle était chaude et lisse. Je l’ai voulue au plus profond de moi.

Quand il s’est enfoncé en moi, je me suis déchirée autour de lui, et j’ai su que j’accomplissais ma destinée. Il me parlait encore, comme une prière murmurée que je n’entendais plus. Je ne voyais plus que l’expression extasiée de son visage, et le bout de ses ailes blanches qui battaient doucement autour de nous.

Les cieux se sont ouverts pour nous.

Il est parti comme il était venu. Je ne lui en ai pas voulu. Je savais qu’il devait s’en aller. Je suis une fille de la terre, et lui venait d’en haut.

Parfois, je me dis que j’ai rêvé tout cela, que ce n’est pas vraiment arrivé.

Alors, je regarde mes trésors, les traces qu’il a laissées.

Les débris d’un vase de cristal, que j’ai rassemblés précieusement, me coupant au passage. Il reste un peu de sang séché sur un des bouts de verre ; je n’ai pas osé le nettoyer, de crainte de m’y blesser encore.

C’est mon ange qui l’a brisé d’un coup d’aile, en s’enfonçant en moi d’une poussée plus profonde que les autres. Son regard s’est assombri, un gémissement sourd s’est échappé de ses lèvres, et le verre a éclaté sur le sol.

Quand j’y songe, il me semble que je le sens encore au fond de moi.

Il m’a également laissé une plume, une plume très belle, longue et blanche et douce. Je ne sais pas si c’est volontaire, ou si elle s’est échappée de son aile pour rester à mes côtés. Je la fais parfois glisser le long de mon ventre brun, en pensant au bleu de ses yeux.

Le jour et la nuit, j’y pense.

Je ne suis plus la même.

J’attends.

4 Thoughts on “Gabriel

  1. Gérard GILLET on 17 avril 2019 at 9:59 said:

    Belle histoire pleine de douceur…. Un rêve éveillé ! Bravo !

  2. Je me permet de te recommander « ange déchu » et l’amour pleurant sur la tombe de psyché de Roberto Ferri et tu verras que les anges ont bien un sexe !

    http://www.robertoferri.net/gallery.php#

    Théoriquement ce lien te mène à la Gallery « Dipinti 2012/2014 » où tu peux voir les deux anges en question.

    Bonne visite !

    Gier

  3. AZUELOS on 17 avril 2019 at 10:52 said:

    Un texte très poetique

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